mardi 22 juin 2010

Mort du nonce apostolique en Turquie: conséquences diplomatiques d'un meutre


Suite aux rumeurs et allégations les plus surprenantes qui ont suivies l'assassinat du chef de la diplomatie du Vatican en Turquie, on peut s'interroger sur le silence des médias, mais surtout sur celui de la Turquie et du Vatican. Analyse d'une diplomatie discrète et efficace.

Samedi 5 juin, alors qu’il se rendait à pied, pour la messe, à l’église catholique de la Sainte-Croix – qui, à Nicosie, se trouve précisément sur la frontière avec la partie de l’île qui est occupée par les Turcs – Benoît XVI a rencontré un vieux cheikh soufi, Mohammed Nazim Abil Al-Haqqani. Ils se sont salués. Ils ont promis de prier l’un pour l’autre. Ils ont échangé de petits cadeaux : un chapelet musulman, une plaque avec des mots de paix en arabe, une médaille pontificale.

Au lieu de rencontrer comme prévu la plus haute autorité musulmane de l'île, le mufti de Chypre Yusuf Suicmez, le pape a donc rencontré un maître soufi, c’est-à-dire un représentant d’un islam mystique, un islam qui, "probablement en raison d’influences chrétiennes, met l'accent sur l'amour de Dieu pour l'homme et de l’homme pour Dieu" et non pas sur un Dieu inaccessible "qui n’a pas, parmi ses 99 noms, celui de Père".

Les phrases mises ci-dessus entre guillemets sont de l’évêque Luigi Padovese, vicaire apostolique pour l'Anatolie et président de la conférence des évêques catholiques de Turquie, assassiné à Iskenderun le 3 juin, veille du voyage du pape à Chypre, auquel il aurait dû participer lui aussi.Benoît XVI a soigneusement évité de laisser cet évènement tragique compromettre son voyage.

La diplomatie du Vatican, très attentive à éviter toute friction avec la Turquie et avec l'islam en général, a fait tout ce qu’elle pouvait pour convaincre le pape d’exclure tout de suite et formellement l’hypothèse d’un assassinat "politique ou religieux".

Mais cette version conciliante et contreproductive – démentie chaque jour un peu plus par les faits, comme l’ont montré dès le début le journal des évêques italiens "Avvenire" et l'agence de presse de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères "Asia News" – n’a pas empêché le pape d’affirmer les vérités qu’il s’était promis d’exprimer en direction du monde musulman. Son premier pas a été de protester contre la "triste" situation réelle. Dans le cas de Chypre, cela signifie l'occupation de la partie septentrionale de l'île par la Turquie, l'expulsion des chrétiens qui y résidaient, la destruction systématique des églises.

Pour Benoît XVI, diplomatie n'est pas synonyme de mollesse et de compromis. Au contraire, c'est l'exigence de la vérité dans un dialogue inspiré d'amour.

Si aucun autre communiqué officiel n'a été émis par le Vatican, on peut bien imaginer que les rencontres entre Son Éminence Kenan Gürsoy, nouvel ambassadeur de la Turquie accueilli début 2010 par le Pape au Vatican, et Monseigneur Mamberti vont bon train. Plutôt que de stigmatiser la population chrétienne déjà martyrisée en pays turc, la diplomatie vaticane a l'intelligence de préférer une réponse diplomatique qui aura l'avantage, d'une part, d'éviter un scandale qui nuirait au tourisme et à l'intégration européenne de la Turquie, et d'autre part, de se placer dans une position de force pour exiger un attachement aux valeurs de liberté religieuse de la République laïc de Turquie voulue par Attatürk.


Dans le passé, l'attentat d'un archiduc avait déclenché une guerre mondiale. Aujourd'hui, l'attentat d'un archiprêtre est une occasion pour la paix grâce à un dialogue diplomatique exigeant et renouvelé.

mardi 15 juin 2010

La diplomatie catholique: présentation


La diplomatie du Saint-Siège est l'activité de négociation internationale de l'Église catholique.

La diplomatie du Saint-Siège est présente sur la scène internationale depuis mille six cents ans. Jean-Paul II s'est inscrit dans cette continuité en amplifiant cette présence. D'abord par ses voyages, qui sont très nombreux et rassemblent des foules immenses mais aussi par le nombre d'audiences accordées au Vatican à de nombreux chefs d'État et personnalités politiques. Par ailleurs, l'accroissement des représentations diplomatiques se traduit à la fois par le nombre de pays entretenant des relations avec le Vatican et par celui des nonciatures (172 des 189 États membres de l'ONU aujourd'hui contre 85 sur 148 en 1978). Si l'établissement de relations avec Israël en 1994 est l'aboutissement de longues négociations, celles avec la Chine et leViêt Nam restent à normaliser.


Origine


Avant la Réforme et le siècle des Lumières, la papauté a exercé à plusieurs reprises des fonctions d’arbitre entre les souverains chrétiens européens. La diplomatie du Saint-Siège trouve sa première expression formelle véritable vers la fin du xie siècle quand le pape commence à envoyer des légats vers les différents royaumes de la chrétienté. Il s’agissait de permettre au clergé résident d’avoir une plus grande marge de manœuvre à l’égard des autorités civiles locales.

À partir du xvie siècle la papauté s’adapte à l’émergence de l’État-nation : les premières nonciatures apparaissent, avec à leur tête un archevêque venant de Rome. Fragilisée par la Réforme et le développement de la philosophie des Lumières, l’autorité du Saint-Siège est contestée, mais celui-ci reste toujours présent sur la scène internationale. La légitimité de la diplomatie pontificale dans la sphère internationale est ensuite entérinée a plusieurs reprises par des traités de référence (le congrès de Vienne en 1815 et la conférence de Vienne de 1961 codifiant le droit diplomatique).

Son rôle d’acteur international est aujourd’hui pleinement reconnu depuis les accords de Latran : on attribue au Saint-Siège un statut égal à celui des autres États, même s’il n’est dans les faits qu’un gouvernement. C’est, à l’heure actuelle, la seule autorité religieuse disposant d’un tel statut en droit international public.


Objectifs


La diplomatie du Vatican est une oeuvre d'évangélisation qui répond à l'appel missionnaire de l'Evanglie (Matthieu 28, 18-20). Défendre les membres de son Eglise contre les persécutions est la première mission de la diplomatie du Vatican. Promouvoir la paix, la justice et la charité est le corollaire de cette première mission. Plus récemment, la diplomatie du Vatican a encouragé l'éveil d'une conscience écologique; Benoit XVI, à l'occasion de la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2007, s'est exprimé en ces termes : « Face à la dégradation de l'environnement, l'humanité réalise qu'elle ne peut plus continuer à user des ressources de la Terre comme par le passé. C'est ainsi que se forme une conscience écologique qui doit être encouragée de façon à développer des projets et des initiatives concrètes. »


Enjeux contemporains


De nombreux rapports dénoncent l'augmentation des violences contre les chrétiens (Voir Martyrologe 2009 de l'Aide à l'Église en Détresse). La radicalisation de l'Islam et la déchristianisation de la société occidentale y contribuent. Les vives tensions politiques internationales, les conflits frontaliers et les violences inter-ethniques, ainsi que la banalisation de l'avortement et de l'euthanasie, posent autant de menaces à la paix mondiale et la dignité de l'Homme que l'Eglise souhaite protéger. Plus grave encore, la crise des vocations affecte directement le corps diplomatique principalement constitué d'ecclésiastiques. En pleine tempête dans cette mer agitée, un signe d'espoir, la main rassurante du Souverain Pontife Benoît XVI, qui fidèle à sa mission de Bon Pasteur, fait continuellement preuve d'audace et de courage pour relever les grands défis contemporains auxquels l'Eglise et le monde font face.